jeudi 7 septembre 2017

Infertilité masculine : ses causes et ses traitements

Comment le corps fabrique-il les spermatozoïdes ? Quelles sont leurs différentes anomalies et comment les traiter ? Le point sur toutes ces questions.
Marie Gervais

    Comment l'homme produit-il les spermatozoïdes ?
    Comment expliquer l'absence de spermatozoïdes ?
    Qu'est-ce que l'ICSI ?
    Qu'arrive-t-il si les spermatozoïdes sont trop peu nombreux ?
    Les spermatozoïdes peuvent-ils rester bloqués ?
    Les spermatozoïdes sont-ils parfois de mauvaise qualité ?

Comment l'homme produit-il les spermatozoïdes ?

Les spermatozoïdes sont produits dans les testicules, à l'intérieur de tubes très fins, tassés les uns contre les autres. A la sortie de ces tubes, les spermatozoïdes arrivent dans l'épididyme, une petite masse qui coiffe le testicule et qui renferme un canal de 5 mètres de long, dans lequel les spermatozoïdes vont subir un véritable "voyage initiatique" : c'est au cours de ce trajet qu'ils vont acquérir leur capacité à féconder un ovule. Ensuite, au moment de l'éjaculation, ils emprunteront le canal déférent, le canal éjaculateur puis, au niveau de la prostate, le canal de l'urètre qui sert également à évacuer l'urine...

Comment expliquer l'absence de spermatozoïdes ?


Face à une stérilité, le médecin demande avant tout un spermogramme. L'examen du sperme au microscope peut révéler une absence totale de spermatozoï des : c'est l'azoospermie. Des examens complémentaires doivent alors être pratiqués pour déterminer si cette absence est due à un défaut de la production de spermatozoïdes ou à un obstacle qui les empêche de parvenir au bout de leur parcours. L'absence de spermatozoïdes est quasiment toujours d'origine génétique : une mutation a pu se produire, elle altère ou bloque la fabrication des spermatozoïdes (spermatogénèse). Des causes hormonales peuvent également être présentes. Dans certains cas, des traitements médicamenteux améliorent la situation, mais, jusqu'à une date récente, une des seules solutions pour ces couples restait l'insémination avec le sperme d'un donneur. Aujourd'hui, la technique de l'ICSI (voir ci-dessous) apporte de nouveaux espoirs. Les médecins sont aujourd'hui capables de créer un embryon s'ils arrivent à trouver un seul spermatozoïde vivant.
Pour y parvenir, ils commencent par une technique simple : recueillir plusieurs éjaculats (on peut augmenter l'efficacité de l'éjaculation en injectant à l'homme de l'ocytocine, un produit que l'on utilise pour déclencher les contractions de l'utérus au début d'un accouchement). Ensuite, ils centrifugent le sperme et ils cherchent... S'ils ne trouvent rien, des biopsies des testicules sont pratiquées au bloc opératoire. Il s'agit de prélever plusieurs fragments de tissu testiculaire que l'on va explorer à la recherche d'un ou plusieurs spermatozoïdes, qui seront utilisés pour l'ICSI. La famille sera alors informée que l'enfant à naître, s'il s'agit d'un garçon, sera vraisemblablement porteur de la même anomalie que son père.

Qu'est-ce que l'ICSI ?

La fécondation in vitro classique (FIV) consiste à mettre en présence ovule et spermatozoïdes et à laisser faire la nature. Ceci nécessite des spermatozoïdes nombreux et vigoureux. Aujourd'hui, les médecins savent injecter le spermatozoïde à l'intérieur même de l'ovule, lui épargnant ainsi toutes les difficultés pour franchir la zone protectrice et la membrane de l'ovocyte. Le taux de réussite de l'ICSI (Intra-Cytoplasmic-Sperm-Injection) est excellent, et on obtient presque à coup sûr un ou plusieurs embryons. Cette technique s'adresse avant tout à des couples où l'homme a un sperme pauvre.

Qu'arrive-t-il si les spermatozoïdes sont trop peu nombreux ?

Lorsqu'on examine le sperme d'un homme qui a des difficultés à concevoir, on trouve parfois des spermatozoïdes sains et vigoureux, mais en quantité insuffisante (la valeur normale : plus de 20 millions par millilitre). On va alors tenter de les concentrer pour les rendre plus efficaces. On recueille deux éjaculats, on trie les bons éléments, et si on parvient à en recueillir au moins un million, on les injecte dans l'utérus, tout près des orifices des trompes afin qu'ils n'aient plus qu'un tout petit trajet à parcourir pour rencontrer l'ovule. Evidemment, cette intervention doit se faire au moment de l'ovulation.
En cas d'échec, on pourra envisager une FIV.

Les spermatozoïdes peuvent-ils rester bloqués ?

Il n'est pas rare que l'homme produise tout à fait normalement des spermatozoïdes, mais ceux-ci restent bloqués par un obstacle sur une partie de leur trajet. On peut alors en recueillir au-delà de cet obstacle et réaliser une FIV. Mais l'idéal, surtout si le couple désire d'autres enfants, est de supprimer l'obstacle. Dans certains cas, un geste chirurgical est possible, mais on peut aussi traiter la cause de ces obstructions : dans neuf cas sur dix, elle est d' origine infectieuse et remonte à plusieurs années. Le traitement n'est pas toujours facile : on donne de fortes doses d'antibiotiques, associés à des anti-inflammatoires. Dans le service du professeur Jean-Philippe Wolf - où ces traitements sont largement utilisés aujourd'hui - des couples ont pu ensuite concevoir des enfants sans avoir recours aux techniques de procréation médicalement assistée.

Les spermatozoïdes sont-ils parfois de mauvaise qualité ?

Peu ou trop mobiles, difformes, trop courts, pourvus de deux têtes, les spermatozoïdes ne sont pas toujours parfaits. Le sperme de tous les hommes en contient une certaine quantité car, contrairement au sang où des mécanismes d'épuration détruisent automatiquement tous les globules défectueux, de telles barrières n'existent pas pour le sperme. Chez certains









Le rôle des infections est sous-estimé

Encore mal connu des médecins, le rôle des infections génitales de l'homme sur sa fertilité apparaît aujourd'hui très important. Interview d'un des grands spécialistes français en la matière, le professeur Jean-Philippe Wolf chef du service d'embryologie à l'hôpital Jean-Verdier, Bondy (93).
Propos recueillis par
Marie Gervais

Pourquoi êtes-vous tellement préoccupé par les infections génitales et urinaires de l'homme ?


C'est un problème que les médecins sous-estiment totalement à l'heure actuelle. Or, ces infections ont des conséquences importantes sur la fertilité. Elles créent des adhérences qui empêchent le passage des spermatozoïdes, mais elles sont aussi néfastes pour ces derniers : le sperme contient alors de nombreux globules blancs qui, certes, combattent l'infection, mais sécrètent aussi des facteurs oxydants agressifs pour les spermatozoïdes. Beaucoup de médecins considèrent que la présence de globules blancs dans le sperme n'a aucune importance, sous prétexte qu'on en rencontre chez des hommes tout à fait fertiles. L'OMS a même fixé - d'une manière qui me paraît totalement arbitraire - un seuil acceptable d'un million de globules blancs par millilitre de sperme. Il existe bien des systèmes de régulation contre ces facteurs oxydants, mais ils s'épuisent au fil des années. Ces hommes, fertiles malgré la présence de globules blancs dans leur sperme, le seront-ils encore quelques années plus tard ?

Ces infections sont-elles fréquentes ?

Oui, très. Elles peuvent être d'origine génitale, avec toutes les maladies sexuellement transmissibles, gonococcie ou infection à chlamydiae, par exemple, mais aussi d'origine urinaire. Chez l'homme, ces deux systèmes sont liés, puisque sperme et urine ont un parcours commun. Il est donc très facile pour des germes présents dans la vessie de passer dans les organes génitaux, en particulier dans la prostate, où ils vont s'installer pour longtemps. Ces infections entraînent souvent peu de symptômes et évoluent en silence. Les hommes consultent très rarement pour une petite brûlure passagère lorsqu'ils urinent. Ainsi, des infections passées inaperçues peuvent expliquer une stérilité découverte dix ans plus tard.

Quels conseils pouvez-vous donner aux hommes ?

Ne pas négliger des symptômes urinaires même discrets ; ne pas oublier que, si on a subi une intervention chirurgicale, la pose d'une sonde urinaire pendant plus de trois jours entraîne presque automatiquement une infection. Il faut également prendre en compte le fait qu'un homme infecté peut transmettre ses germes à sa partenaire au cours des rapports sexuels, ce qui peut entraîner, chez elle aussi, des problèmes de stérilité. Enfin, je recommande l'arrêt du tabac : il est prouvé aujourd'hui qu'il altère les spermatozoï des.





hommes, ces spécimens "mal fichus" représentent la majorité des spermatozoïdes. Mais, en cherchant bien, on trouve souvent quelques spermatozoïdes normaux que l'on va utiliser pour une ICSI. Si malheureusement cela n'est pas le cas et que la totalité d'entre eux présente des anomalies, le seul recours est alors le sperme d'un donneur. Autre malformation : celle du flagelle (la "queue" du spermatozoïde) qui est parfois enroulé. Cela rend les spermatozoïdes peu mobiles et peu fécondants. Là encore, une infection est en cause : ces spermatozoïdes ont leur flagelle et leur membrane abîmés, leur ADN peut l'être aussi. S'il y a néanmoins fécondation, les divisions cellulaires ne se font pas correctement et le taux de fausses couches est très élevé. Les traitements antibiotiques permettent alors d'améliorer cette situation. Dans le service du professeur Wolf, le taux de réussite des FIV et de l'ICSI est passé à 43 %, alors que la moyenne nationale n'est que de 27 %.

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