Durables ou éphémères, les rencontres peuvent parfois laisser des souvenirs douloureux. Maladies de l'amour, vénériennes ou honteuses, autant de synonymes pour désigner des maladies sexuellement transmissibles (MST), en nette augmentation. Soignées à temps, elles guérissent rapidement. Mais attendre se révèle souvent dramatique.
Alexandra Bertieu
Un phénomène de société
Les signes qui doivent alerter
Les principales maladies
Le preservatif : la meilleure barrière contre les MST
Conseils de prévention
Vos questions
En savoir plus...
Un phénomène de société
Les maladies sexuellement transmissibles n'ont pas disparu. Loin de là. Elles sont en pleine expansion. Si les pays en voie de développement sont les plus touchés, les pays industrialisés ne sont pas en reste. Chaque année, on dénombre environ 330 millions de cas de MST dans le monde et des centaines de milliers de cas en France, avec une recrudescence pour des infections que l'on croyait disparues. La syphilis et la gonococcie ont fait une remontée spectaculaire. 190 % d'augmentation de cas de gonococcies entre 97 et 98 sur la France ont été recensés par le réseau national de surveillance de gonococcie, à l'institut Alfred Fournier. Elles sont favorisées par un retour à la multiplication des expériences sexuelles et l'intensification des déplacements humains, notamment vers les pays de l'Est. Une incidence désastreuse chez les jeunes femmes : 85 % des MST sont diagnostiquées chez les moins de trente ans, les 20-24 ans étant les plus touchés. De plus, une femme devient stérile toutes les quarante minutes.
Selon les sources du ministère, les quatre MST, hors sida, les plus répandues dans le monde, à l'heure actuelle, sont les gonococcies, les infections chlamydiennes, la syphilis et les trichomonases. "En revanche, en France, nous rencontrons essentiellement dans nos consultations : des herpès, des condylomes et des infections à Chlamydiae" précise le docteur Jean-Marc Bohbot, infectiologue à l'institut Alfred Fournier. Mais sont également redoutables les pathologies dites sournoises (les infections à papillomavirus et les hépatites) en raison du peu de symptômes qu'elles provoquent. Les germes en cause peuvent être des bactéries, parasites, virus ou champignons, certains s'associant parfois entre eux.
Les signes qui doivent alerter
Chez la femme, une vulve rouge, irritée, gonflée avec des ulcérations ou des plaies, des excroissances, semblables à des verrues, des pertes vaginales inhabituelles par leur odeur, leur fréquence ou leur abondance, toutes démangeaisons, bouton ou lésions sur les organes génitaux, douleurs au cours des rapports, brûlure vaginale ou urinaire doivent conduire à consulter car cela peut être le signe d'une MST. Chez l'homme, les MST se manifestent généralement par une atteinte du pénis et du gland, plaies, irritations, ulcérations, des brûlures dans l'urètre ou au moment des mictions d'urine, une fièvre accompagnée de douleurs des testicules, des bourses ou dans le bas-ventre, des rapports sexuels douloureux. Soyez vigilants : il n'est pas rare que la maladie reste muette un certain temps.
Les principales maladies
Les Chlamydioses : très discrètes
Due à une bactérie, c'est une maladie trompeuse. Dans un cas sur quatre, les femmes concernées ne présentent aucun symptôme. Les principales manifestations : douleurs au niveau de l'abdomen et du pelvis, fièvre, pertes blanches, saignements en dehors des règles.
- Les risques : Elles sont responsables de 60 à 80 % des salpingites et la principale cause de stérilité. "Une femme devient stérile toutes les 40 minutes" insiste le docteur Bohbot. Diminution de la fertilité, risque de grossesses extra-utérines.
- Le traitement : consiste à prendre en une seule prise 4 comprimés d'un antibiotique à base d'azithromycine.
La Gonococcie : une des plus anciennes
Vulgairement appelée "chaude-pisse" et, plus scientifiquement, blennorragie, elle est due à une bactérie. Si son incidence a diminué, on recense encore 90 000 cas par an en France. - Les principales manifestations : pertes blanches, inflammation locale au niveau du col ou du vagin, légère gêne en urinant, douleurs dans le bas-ventre Dans 65 % des cas, les femmes ne présentent aucun symptôme.
- Les risques : si l'inflammation gagne les ovaires et les trompes, elle peut être la cause de stérilité ultérieure.
- Le traitement : antibiotiques par voie orale.
La Syphilis : la plus connue
Appelée jadis "vérole", cette maladie hautement contagieuse est due à une bactérie. Le microbe pénètre dans l'organisme par des écorchures de la peau ou des muqueuses. Des rapports sexuels avec une personne infectée peuvent ne pas être contaminant si la muqueuse est saine. En France, elle atteint 3,5 hommes pour une femme.
- Les principales manifestations : un chancre, petite ulcération indolore localisée sur le col de l'utérus, la vulve ou l'anus, voire le doigt ou la bouche (cela dépend des pratiques sexuelles). La disparition spontanée du chancre ne signifie en aucun cas une guérison spontanée. La période silencieuse peut durer de deux mois à six ans. Symptômes secondaires : syndrome grippal, lésions cutanées, ganglions, chute de cheveux.
- Les risques : en l'absence de traitement, après 15 ou 20 ans d'évolution, atteinte de tous les organes pouvant entraîner cécité, surdité, démence, paralysie générale...
- Le traitement : dose unique et massive d'antibiotiques (pénicilline ou tétracycline) par voie orale ou par piqûre.
La trichomonase : une infection très féminine
Elle est due à un protozoaire, un parasite microscopique. L'homme a une chance sur trois de l'attraper alors que la femme a trois chances sur quatre d'être contaminée. On recense 170 millions de cas par an dans le monde. Le mode de transmission est essentiellement sexuel.
- Les principales manifestations : Inflammation de la vulve et du vagin, pertes abondantes déclenchant une rougeur et des démangeaisons.
- Les risques : si le trichomonas en lui-même est sans gravité, il peut parfois masquer un autre germe et être le vecteur d'une MST plus dangereuse.
- Le traitement : par voie orale, prise d'antibiotique, soit pendant 7 jours, soit en "traitement minute" en une seule prise. Localement, ovules vaginaux
Les Condylomes : en pleine expansion
Dus à des virus, de la famille des papillomavirus, ils sont tenaces et contagieux. L'incubation est longue, parfois plusieurs mois, avant que n'apparaissent les premiers symptômes.
- Les principales manifestations : petites verrues, grosses comme des têtes d'épingles, qui se développent sur le col de l'utérus, dans le vagin, sur la vulve ou l'anus.
- Les risques : favorisent le cancer du col de l'utérus
- Le traitement : application locale de podophylline, azote liquide, électrocoagulation ou vaporisation au laser pour les brûler. Un contrôle sur plusieurs mois est nécessaire pour prévenir les récidives qui sont fréquentes.
Les Mycoplasmoses : les plus difficiles à identifier
Elles sont dues à des germes plutôt bénins au départ, mais qui peuvent devenir virulents (maladies, certains traitements...).
- Les principales manifestations : pertes vaginale, brûlures urinaires. Dans 40 % des cas, il n'existe aucun signe.
- Les risques : salpingite, infection du fœtus (prématurité et faible poids à la naissance, risque de stérilité, fausses couches spontanées).
- Le traitement : antibiotique (tétracycline et macrolide) par voie orale
L'Herpès génital : un virus extrêmement tenace
Contagieuse et récidivante, cette maladie touche cinq millions de personnes en France. Une fois dans l'organisme, le virus n'en bouge plus. Il se manifeste par poussées. Important : même en dehors des crises, il reste contaminant.
- Les principales manifestations : sensations de picotements ou de démangeaisons au niveau de la vulve ou de la région anale. Eruption de vésicules qui éclatent et forment de petites ulcérations.
- Les risques : risque de contamination du bébé au cours de l'accouchement pouvant entraîner des séquelles neurologiques graves.
- Le traitement : antiviral par voie orale ou locale (aciclovir et ses dérivés) Ils sont destinés à atténuer la douleur, abréger la durée de la crise et limiter l'extension de l'infection. Il n'existe pas à ce jour de traitement définitif. Un vaccin est en cours de recherche. Homéopathie, acupuncture, phytothérapie peuvent diminuer les récidives.
L'Hépatite B : la seule MST à bénéficier d'un vaccin
Le virus se transmet sexuellement dans plus de 50 % des cas. 100 fois plus contagieux que le Sida, on compte actuellement dans le monde, environ 400 millions de personnes infectées.
- Les principales manifestations : fatigue intense, ictère, urines foncées, douleurs articulaires, troubles digestifs. La période d'incubation va de six semaines à six mois.
- Les risques : cirrhose, cancer du foie.
- Le traitement : le seul véritable traitement est la prévention. Le vaccin se fait en trois injections. Les nourrissons, les adolescents et les personnes appartenant à un groupe à risque sont à vacciner en priorité.
Il n'existe aucun traitement au stade débutant. Dans 90 % des cas, la maladie guérit spontanément. Pour prévenir les complications : traitement antiviral (Interféron) qui évite ou retarde l'évolution vers la cirrhose dans certaines indications.
Sida : toujours d'actualité
Chaque jour dans le monde, 7000 garçons et filles de moins de 25 ans sont contaminés par le VIH. Relâchement, insouciance, négligence, les Français sont de moins en moins vigilants. Beaucoup pensent à tort que les trithérapies guérissent définitivement la maladie, alors qu'au mieux, elles retardent son apparition. Une enquête réalisée par le comité français d'éducation pour la santé auprès de jeunes de 19 ans a montré que 25 % des garçons et 57 % des filles ne s'étaient pas protégés lors de leur dernière relation sexuelle.
Devenu un objet de consommation presque courante, les Français en achètent presque 200 millions par an. Très important, choisissez des modèles portant la norme Nf. En matière de sécurité, seul ce logo délivré par l'AFNOR (association française de normalisation) offre une garantie. On les trouve en pharmacie, parapharmacie, grandes surfaces, voire par correspondance, sans oublier les distributeurs automatiques installés dans les boîtes de nuit, les stations-service, les lycées...
Précautions d'emploi : Le latex étant une substance naturellement sensible à la chaleur, l'idéal est de les ranger à l'abri de la lumière, dans un endroit ni trop chaud, ni trop humide. A éviter donc la poche de pantalon ! Son utilisation nécessite un apprentissage pour éviter les accidents. Au moment de le sortir de son emballage, attention aux ongles longs qui risquent de le déchirer. Une fois prêt, le dérouler sur le sexe en érection. Enfin, à l'issue des ébats, lorsque l'homme a éjaculé, le retirer immédiatement en le retenant à la base du pénis pour éviter tout risque de fuite. Après l'avoir noué, le mieux est de le jeter. A proscrire absolument : l'utilisation de deux préservatifs l'un sur l'autre, la vaseline et tout autre corps gras car ils altèrent le latex.
Préférez les préservatifs déjà lubrifiés.
Conseils de prévention
Les MST peuvent être prévenues en adoptant ces mesures de protection :
- Ne cherchez pas à vous traiter seule. Une infection peut parfois en cacher une autre.
- Utiliser systématiquement un préservatif avec tout nouveau partenaire. Respectez bien les consignes d'utilisation et choisissez des marques portant la norme NF. "Si le risque zéro n'existe pas, le préservatif protège tout de même dans 95 % des cas" insiste le docteur Bohbot.
- Consultez un médecin dès les premiers signes. Dans ces cas-là, l'automédication ne paie pas.
- S'abstenir de rapports sexuels, jusqu'à la fin du traitement, si l'un des deux ou les deux sont atteints, pour éviter de se réinfecter mutuellement. Les deux partenaires doivent se traiter en même temps, jusqu'à guérison complète.
- Respectez les règles élémentaires d'hygiène : une toilette quotidienne et après chaque rapport. Attention, les douches vaginales ne tuent pas les microbes. Au contraire en "décapant" les muqueuses, elles fragilisent la flore naturelle et laissent le champ libre aux infections.
- Chacun son peignoir, sa serviette et son gant de toilette. Les gants de toilettes, généralement humides, peuvent être des vecteurs de contamination.
Vos questions
Un seul rapport suffit-il pour attraper une MST ?
Absolument. Tous les rapports sexuels avec pénétration peuvent être contaminant, quel que soit le germe ou le virus.
La toilette intime élimine-t-elle les risques de contamination ?
Non, elle n'a aucune incidence. Cela ne veut tout de même pas dire qu'il ne faut pas se laver. Mais une hygiène attentive ne doit pas devenir intempestive. Des douches vaginales trop fréquentes peuvent avoir un effet inverse à celui souhaité. Certains germes présents naturellement sur les muqueuses ont un rôle protecteur. L'emploi de produits trop agressifs peut les détruire et provoquer un déséquilibre de la flore vaginale, laissant ainsi la voie libre aux germes plus virulents.
Les MST peuvent-elles rendre stérile ?
Oui. Elles représentent d'ailleurs chez la femme la première cause de stérilité. Le gonocoque et surtout les chlamydias sont particulièrement dangereux. Ils passent souvent inaperçus et en bouchant les trompes sont responsables d'environ 15 000 stérilités par an. Il semble également qu'un certain nombre de stérilités masculines soient imputables à une infection génitale.
Une femme enceinte peut-elle transmettre une MST à son bébé ?
Dans certains cas, oui. L'hépatite B peut être transmise à l'enfant par la mère pendant la grossesse ou au cours de la petite enfance. L'herpes génital, dans 1 % des cas, peut contaminer le bébé au cours de l'accouchement, à la suite d'un contact direct avec les muqueuses de la mère. L'herpès du nouveau-né est très grave car il atteint le système nerveux de l'enfant. Enfin, la syphilis et le sida peuvent être également transmis par la mère.
Les maladies attrapées suite à une transfusion de sang contaminé sont-elles sexuellement transmissibles ?
Oui, dans le cas de l'hépatite B, l'hépatite C et le sida. Le fait que le moyen de contamination n'ait été sexuel, n'empêche pas la contamination. Il est donc obligatoire de se protéger lors de tous rapport.
Comment peut-on endiguer la contamination ?
En traitant tous les partenaires. C'est la condition "sine qua non" pour faire disparaître ces maladies. Du coté des hommes, cela peut être plus difficile car ils sont moins disciplinés. Cette politique de l'autruche conduit systématiquement à la recontamination de la partenaire et entraîne des risques de complications souvent sérieuses.
En savoir plus...
"Questions de Femme"
Du Docteur Anne de Kervasdoué aux éditions Odile Jacob
"Sortons Couverts !"
Editions Librio en partenariat avec le Sidaction
Petit livre bourré d'humour où huit écrivains racontent le préservatif.
Institut Alfred Fournier à Paris
Ce centre médical et biologique consacre l'ensemble de ses moyens à la lutte contre les maladies infectieuses et sexuellement transmissibles.
Centre Régionaux d'Information et de Prévention du Sida
SOS Femmes
Association Herpès
Elle a été créée par un groupe de médecins afin de développer une information vers le grand public

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